NE PAS DESESPERER DE LA RAISON HUMAINE

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                           NE PAS DESESPERER DE LA RAISON HUMAINE !

Il existe un courant du christianisme qui méprise la raison humaine. Or, une foi aveugle n’est pas un chemin vers la Vérité. Si nous prenons vraiment en compte la démarche biblique, nous constatons que l’accès à la présence de Dieu en ce monde est d’abord une connaissance par la raison. L’être humain est « capax Dei », car Dieu lui est accessible, simplement en admirant la création et ses merveilles.

Dans la tradition hébraïque, Dieu est d’abord connu par sa création, puis cette connaissance s’affine lorsqu’est révélé que le Dieu créateur est aussi un Dieu sauveur. En s’émerveillant devant la symphonie de la création, l’être humain réfléchit et désire accéder au chef d’orchestre de cette œuvre grandiose. Le terme hébreu est « iada », connaître. Il y a donc une connaissance qui précède la croyance.

L’apôtre Paul dans l’épître aux Romains va jusqu’à dire que l’existence de Dieu est perceptible à partir de la création, et les peuples païens eux-mêmes peuvent en avoir une relative perception. Cette vision a été celle de docteurs de la foi comme Thomas d’Aquin, Albert le Grand, Bonaventure, Duns Scot et d’autres. Le concile Vatican I réaffirme en 1870 que l’existence de Dieu est accessible à la raison humaine qui cherche à décrypter le mystère de l’univers.

Dans la ligne des affirmations de Martin Luther, certains estiment que la foi est totalement dissociée de l’intelligence humaine. « Sola Fides ! ». Le littéralisme biblique s’inspire de cette manière de voir, et tout texte inspiré est reçu sans possibilité de recul critique.

Croire est alors conçu comme un don de Dieu vertical auquel l’être humain ne coopère pas. Or la foi n’est pas une attitude passive, elle est aussi un acte de l’intelligence, qui nous a été confiée par Dieu avec le libre arbitre. La pensée rationnelle doit jouer un rôle actif dans la démarche de la foi. La raison a toute sa place dans l’approfondissement de la foi, c’est ce qui garantit la protection du libre arbitre, la protection de la dignité de l’existence biologique, physique, corporelle, face à ceux qui la dévalorisent sur des aprioris erronés : les gnostiques, les manichéens, les cathares, et autres courants hostiles à l’incarnation. Précisément, l’islam s’est fossilisé lorsque contre les Mutazilites il a refusé la présence de la raison dans la démarche de sa foi. Ce qui a justifié le fanatisme obscurantiste du jihad.

Il faut tout de même rappeler que cette posture où la foi et la raison sont interactives n’est pas une déviance ou une lubie prétentieuse des temps modernes. Elle remonte à l’attitude basique du croyant dans la tradition biblique originelle.

La relation à Dieu dans le Premier Testament est souvent présentée comme un questionnement qui implique la réflexion de l’homme. Le premier dialogue entre Dieu et l’homme apparaît dans la Genèse sous la forme « Adam, où es-tu ? » question existentielle et non géographique. Dans l’Exode, Moïse se pose des questions en voyant le buisson ardent, et Dieu se révèle à lui parce qu’il s’est interrogé face à un feu qui ne détruit pas. Au désert, le peuple nourri par la manne venant du ciel s’est demandé « Man hou ? Qu’est-ce que c’est ? ».

Lorsque l’on commémore la sortie d’Egypte avec la haggada, le rituel prévoit une série de questions sur le sens de l’événement. Questionner signifie exercer sa liberté par le raisonnement. S’interroger sur Dieu et sur sa présence aux côtés de l’homme revient à comprendre qu’il est à la fois le Tout Autre et le Tout proche.

« Fides quaerens intellectum », la foi recherche l’intelligence des réalités. Elle ne peut se développer en répudiant la raison. Ce nécessaire dialogue entre foi et raison a été mis en lumière par le pape Jean Paul II et surtout par son successeur Benoît XVI. Lors de son intervention à l’université de Ratisbonne le grand théologien a démontré que la foi sans la raison conduit à des aberrations, prenant en exemple le cas de l’islam qui justifie d’avance tout ce qu’Allah est censé exiger de ses adeptes sans intervention de la raison humaine. Certes la foi est un don d’En-Haut, une grâce, mais l’être humain, le récepteur, bénéficie de sa raison pour approfondir cette voix intérieure et développer, à partir de la Parole de Dieu, la compréhension de soi-même, du monde et des autres. Jésus lui-même pose une question : « qui sont ma mère, mes frères, mes sœurs ? Ceux qui sont à l’écoute de la Parole de Dieu »

Dieu continue de parler aux êtres humains par sa création, aux croyants par sa Parole. Si l’émetteur est fidèle, les récepteurs sont souvent parasités par des ondes malsaines dans un tohu bohu idéologique et médiatique éprouvant. Ce n’est pas pour autant qu’il faille désespérer de la raison humaine, que la grâce divine du Créateur-Sauveur n’abandonnera jamais.

                                           Abbé Alain René Arbez

 

Commentaires

  • Vous dites : « Si nous prenons vraiment en compte la démarche biblique, nous constatons que l’accès à la présence de Dieu en ce monde est d’abord une connaissance par la raison. »
    Attention néanmoins avec la raison.
    Pour que l’homme puisse prendre sa raison pour guide il faut que la raison de l’homme soit droite.
    Or, il y autant de degrés dans la justesse de raisonnement des hommes qu’il y a d’individus.
    La raison n’est pas une entité, une et absolue, que l’on puisse consulter avec assurance, c’est l’expression d’une somme intellectuelle qui varie suivant l’individu qui parle.
    Et les esprits qui voient faux étant les plus nombreux, le nombre ne fait pas l’autorité. C’est au contraire, dans ce cas, la minorité qui l’emporte, les raisons droites étant plus rares.
    Il ne faut donc pas invoquer comme une preuve de vérité la vulgarisation d’une idée et le nombre d’adepte qui la défendent, les idées fausses étant les plus faciles à propager, puisque les esprits faux sont les plus nombreux.
    Aussi, la raison n’explique rien et ne juge que les apparences qui sont, presque toujours trompeuses. La raison ne nous dit pas que la terre tourne, ni que les premières formes traversées par l’homme pendant son développement à la surface terrestre, ou pendant sa vie embryonnaire, ne ressemblaient en rien à sa forme actuelle, c’est la « science » qui nous dit cela.
    Donc, la vérité ne peut pas être trouvée par les hommes qui n’ont d’autre guide que leur raison. Elle est le privilège de ceux qui sont en possession de connaissances acquises.
    Et ceux-là ont pour mission l’enseignement. Ce sont des ministres chargés de propager les vérités démontrées en les faisant connaitre à ceux qui ont les moyens intellectuels nécessaires pour les comprendre, en « les imposant » aux autres.
    Car, « la science ne se propose pas, elle s’impose. »
    Vous n’allez pas proposer à un enfant d’examiner si la terre tourne, vous lui enseignerez cette vérité comme un fait acquis, vous lui en imposerez la croyance.
    Proposer l’examen des vérités aux ignorants, c’est livrer la science à ses ennemis, c’est retourner à la barbarie, au chaos intellectuel, c’est perdre tout le bénéfice acquis par les hommes de génie qui nous ont précédé.
    Cordialement.

  • Certes la raison humaine est ambivalente, comme tout ce qui est humain. Mais c'est un précieux outil de l'intelligence des choses de la vie, et la raison doit s'exercer pour affiner sa logique face aux défis quotidiens.
    Reconnaître sa place dans les comportements y compris religieux permet d'éviter le fidéisme aveugle et ses conséquences parfois mortifères.

  • "La raison ne nous dit pas que la terre tourne, ni que les premières formes traversées par l’homme pendant son développement à la surface terrestre, ou pendant sa vie embryonnaire, ne ressemblaient en rien à sa forme actuelle, c’est la « science » qui nous dit cela."
    J'ai peine à vous suivre dans cette suite d'affirmation. Il me semble que la raison et la science sont intiment liées, en ce qui cette dernière est l'instrument par laquelle la première exerce sa recherche de la vérité (avec toutes les réserves concernant ce terme et exprimées dans le v minuscule).
    Si l'exercice de sentiments, croyances et passions peut aboutir à des résultats adoptés comme vrais par ceux qui s'y soumettent (même remarque que plus haut pour le mot "vrai"), la raison seule n'y parvient que rarement ou pas du tout (sauf peut-être en mathématique), tant elle a besoin d'observations et d'instruments pour les étendre et les affiner.

  • P.S.
    En principe les scientifiques renoncent à une conviction qui leur est venue d'abord intuitivement ou par des expériences inadaptées ou incomplètes, lorsque cette conviction est contredite par la science, c'est-à-dire la majorité des spécialistes d'une discipline à un moment donné, ou par leurs propres travaux.
    Ce n'est pas toujours facile et l'exemple le plus célèbre est celui de la difficulté ou du refus d'Einstein à souscrire à des résultats de la mécanique quantique, comme l'intrication.

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