Ce que je crois

  • YOM HA SHOAH 2021

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    YOM HA SHOAH 2021

     

    Le mémorial d’Auschwitz Birkenau se dresse comme une évocation de l’insoutenable. Car ce qui s’est passé dans ces lieux infernaux ne peut pas, ne doit pas, se perdre dans une sorte d’amnésie de l’histoire du XXème siècle. Le lieu du silence n’est pas le lieu de l’oubli.

    L’horizon quasi irréel du camp d’extermination, parsemé de miradors, de baraquements sinistres, entrecoupé de clôtures, évoque un espace d’inhumanité froidement et férocement infligée aux innombrables victimes qui, il y a quatre-vingts ans, ont été parquées, entassées, affamées, torturées et éliminées dans ces lieux d’anéantissement.

    En ce Yom Ha Shoah nous voulons honorer toutes les victimes des camps, visages humains souffrants et dépossédés de leur identité et de leur histoire.

    Nous le devons, d’abord à la mémoire du peuple juif qui, pour les chrétiens, est le peuple de l’alliance, mais nous le devons aussi à la sauvegarde de notre humanité, qui dans les camps d’extermination a été, de manière absolument inédite, bafouée et intégralement foulée aux pieds par la barbarie nazie.

    Dénonçons une fois de plus cette folie meurtrière de masse, cette industrie du massacre qui a transformé en cendres des centaines et des centaines de milliers d’êtres humains innocents pour le seul fait qu’ils étaient juifs. Ces petits enfants, ces femmes, ces jeunes gens, ces personnes âgées, qui à peine descendus des trains de la mort étaient poussés vers les sombres salles où ils seraient asphyxiés pour être ensuite brûlés, nous leur devons cet hommage, quelles que soient nos appartenances, nos convictions.

    Nous pouvons le faire au nom de notre foi en Dieu, nous pouvons le faire au nom de notre foi en l’homme et en sa dignité.

    Minutieusement élaborée dans ses moindres détails par le régime hitlérien et sa conception inégalitaire des peuples, la « endlösung - solution finale » a trouvé dans ces sinistres lieux son expression la plus horrible et la plus inexorable.

     

    Depuis la fin de la guerre, l’Eglise catholique a exprimé officiellement sa repentance pour les trop nombreuses compromissions de certains de ses membres dans les massacres de la Shoah, ou pour l’insuffisance de ses engagements dans la défense des juifs opprimés, malgré, il est vrai, de nombreux gestes de solidarité, connus ou encore méconnus.

    Depuis Vatican II, en écho à la courageuse démarche de Jules Isaac auprès de Jean XXIII, l’enseignement de l’Eglise a clairement éliminé tout antijudaïsme de sa catéchèse et de sa prédication, et a réaffirmé, surtout sous l’impulsion du pape Jean Paul II, la fraternité profonde entre catholiques et juifs, les « frères aînés » d’une « alliance jamais révolue ».

    La lutte contre tout antisémitisme reste bien entendu à poursuivre partout, à travers les médias, y compris dans les communautés chrétiennes, où les siècles passés ont laissé leur néfaste empreinte.

    Comme l’a rappelé le pape Benoît XVI, tout est à construire ensemble sur des bases nouvelles, en tirant les leçons du passé, mais en s’enracinant dans le patrimoine originel commun qui est le nôtre entre chrétiens et juifs. Son successeur François a repris à son tour cette urgente recommandation.

     

    C’est ensemble que nous devons témoigner du respect de la personne, dans ce monde tourmenté et traversé de violences multiples. C’est ensemble que nous pouvons défendre les valeurs du Décalogue dont s’est inspirée la civilisation. Ces valeurs spirituelles sont à la base de la conception de l’être humain et de la coexistence qui guide encore pour une part les sociétés démocratiques.

    N’oublions jamais les malheureuses victimes d’Auschwitz et des autres lieux d’exécution, rendons-leur hommage aujourd’hui en rappelant leur mémoire, mais traçons sans relâche la route du respect mutuel et de la concorde entre les peuples en démasquant les idéologies mondiales qui blessent notre commune humanité. Le cri des martyrs d’hier nous incite avec force à défendre l’espérance d’un monde à visage humain pour demain.

    La tentative démoniaque des nazis d’éliminer le peuple de l’alliance a creusé une profonde brèche sanguinaire dans l’histoire de l’humanité, mais la fête de Pessah et de Pâques viennent de nous redire la victoire de la vie sur la mort.

     

                                  Abbé Alain René Arbez

  •  QUELLE EST L’HISTOIRE DE LA REGION VISITEE PAR LE PAPE FRANCOIS ?

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     QUELLE EST L’HISTOIRE DE LA REGION VISITEE PAR LE PAPE FRANCOIS ?

             L’Iraq est sous les projecteurs de l’actualité en raison de la visite du pape François qui rencontre ce qui reste des communautés chrétiennes, assyriennes et chaldéennes dans un pays dévasté par les assauts de l’islam. Il échangera avec le grand imam chiite Al Sistani dont l’autorité est réelle sur ce territoire.

    L’islam radical est omniprésent dans ces régions d’Orient où les conflits entre factions belliqueuses concurrentes n’en finissent pas depuis de longs siècles. Dans les périodes précédentes, la religion mahométane s’est acharnée à éradiquer les chrétiens de cette terre de Mésopotamie où ils furent majoritaires. Cette situation locale dramatique, souvent médiatisée sous l’angle factuel d’événements militaires impossibles à déchiffrer, devrait inciter à connaître le réel passé de ce pays meurtri, afin de comprendre de quelle manière son avenir a été bafoué et compromis.

             L'Iraq d'aujourd'hui est en effet un état récent : c'est une création des Occidentaux voulant répondre à la conjoncture du début du 20ème siècle, après l'effondrement de l'Empire ottoman et face à un nationalisme arabe en effervescence. Anglais et Français ont cherché à imposer une transition à la région en arbitrant la féroce concurrence interne à l'islam entre musulmans turcs et arabes, mais cela s’est fait une fois de plus sur le dos des chrétiens. Aujourd’hui les Occidentaux sont totalement dépassés par l’affrontement entre sunnites et chiites à l’intérieur d’une conflagration interminable alimentée par Téhéran. Seul état vraiment démocratique dans le secteur, Israël est entouré de terrains minés et de menaces permanentes. Depuis les opérations russes en Syrie et leurs conséquences collatérales, l’invasion de l’armée turque aggrave encore le chaos régional où il est bien difficile de s’y retrouver dans des stratégies qui s’entrecroisent.

            

    C'est donc au début du 20ème siècle - époque marquée par le génocide arménien et chaldéen perpétré par les Ottomans (2 millions de victimes chrétiennes) - que fut créée la Jordanie sur 70% de l'ancienne Palestine historique, et qu'à l'instigation de Churchill, furent dessinées, sur des territoires assyro-chaldéens, arabes, kurdes et perses, les frontières de l'Iraq actuel …

             Cela eut pour effet de calmer sur le moment le jeu des revendications nationalistes arabes, au prix de l'oubli des Kurdes et de leur ancien territoire, le Kurdistan. Mais la communauté historique des chrétiens autochtones (assyro-chaldéens) fut marginalisée et condamnée dès lors à une inexorable disparition progressive. Les attaques de Daesh allaient aggraver les choses.

    Pourtant, après l’effondrement de l’empire ottoman, il avait été explicitement question de donner naissance à un état assyro-chaldéen pour assurer la survie des autochtones chrétiens, mais la SDN en 1925 n'eut pas le courage ni les moyens politiques de donner suite au projet. Suite aux spoliations par les Kurdes des plaines fertiles habitées par les chrétiens, c’est le Hakkâri qui fut le bastion montagneux de repli pour les assyriens et arméniens persécutés. Continuellement harcelé par les Kurdes, ce territoire fut rattaché à la Turquie. Si aujourd’hui les Kurdes sont agressés par les Turcs, et s’ils ont effectivement lutté avec courage contre Daesh, on ne peut oublier qu’ils ont longtemps été les agresseurs attitrés des chrétiens de la région.

    Le problème spécifique de survie pour les chrétiens autochtones de culture syriaque a commencé à vrai dire à une époque déjà ancienne: car il y a environ vingt siècles, la Mésopotamie était un vaste territoire de riche civilisation héritée de l'antiquité. Une population nombreuse, composée de Juifs depuis l'exil à Babylone, et de Zoroastriens présents depuis des siècles, avait vu se développer sur ce terreau favorable de très nombreuses communautés chrétiennes dynamiques : Assyriens, Chaldéens, et Nestoriens, parlant tous une langue sémitique largement répandue : l'araméen.

             L'invasion brutale de l'islam au 7ème siècle dans cette région judéo-chrétienne florissante a (malgré quelques très rares périodes tolérantes) provoqué le déclin coraniquement programmé des non-musulmans. En raison du djihad, fer de lance de la colonisation islamique, les chrétiens ainsi que les juifs disparurent au gré des persécutions successives, des mises en esclavage, des expropriations, des conversions forcées, etc.

    Pourtant, sous l'empire abbasside aux 8ème et 9ème siècles, Bagdad était devenue un centre islamique réputé. Mais curieusement, a été occulté le fait que  cette gloire fièrement revendiquée par l'islam était essentiellement due aux chrétiens locaux enrôlés par les califes et sultans. C'est en raison de leurs connaissances bibliques (hébreu et grec) que les nestoriens furent appelés à traduire en arabe les œuvres majeures de la science et de la philosophie gréco-romaine. Humaïn al Hishaq, célèbre intellectuel chrétien, animait la "maison de la sagesse" Beit  Hikma du calife de Bagdad Al Mamoun. Le premier ouvrage d'ophtalmologie écrit en arabe le fut par le chrétien au nom arabisé Youhanna Ibn Massawayh, médecin personnel d'Haroun al Rachid.

    Ainsi, les chrétiens, utilisés par les califes comme ressources d'appoint pour développer leur civilisation, étaient des "dhimmi", citoyens inférieurs pour lesquels la considération était aléatoire selon des critères utilitaires. De nombreux épisodes sanglants marquèrent cette région au fil des siècles, par exemple avec Tamerlan, qui enterra vivants des milliers de chrétiens, ou encore le féroce Sélim 1er et d'autres sultans qui massacrèrent massivement les populations chrétiennes de Mésopotamie occupée.

            

             Dès lors, cette terre qui avait été spirituellement et culturellement rayonnante devint peu à peu, sous domination arabe puis turque, le plus grand champ de ruines de monastères, d'églises et de synagogues ; finalement, le plus grand cimetière chrétien du Moyen-Orient, selon l'expression de l'historien jésuite le père J.M. Fiey.

    Qui aujourd'hui a connaissance du rayonnement pluriséculaire de cette région du Moyen Orient? Les désastres successifs ont été totalement occultés par une arabisation forcée au temps de la dictature de Saddam Hussein, sous les yeux d'une Europe plus soucieuse de ses alliances commerciales et de ses fournitures énergétiques, que des fondements d’anciennes valeurs humanistes et spirituelles aujourd’hui complètement reniées.

             La libération de Mossoul par l’armée irakienne aidée par les Américains n’a été qu’une étape significative d’un long processus. Lequel a été au long des siècles celui de la destruction progressive par l’islam d’une foi et d’une culture longuement préexistantes. Brillante civilisation aux yeux de laquelle l’être humain avait encore une valeur inestimable et où manifestée par ses magnifiques réalisations, la Paix biblique restait pour ces peuples l’horizon d’avenir.

             Puisse la visite du pape François avoir un impact constructif sur ce patchwork de communautés dont le dénominateur commun reste très faible car soumises à des influences multiples et contradictoires. Les chrétiens sont motivés pour se reconstruire, mais auront-ils les moyens de réaliser leur espérance ?

                                                                         

     

     Abbé Alain René Arbez,

     

  • La chandeleur

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    LA « CHANDELEUR » fête de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

    De même que la fête de l’Epiphanie se résume dans le public aux « galettes des rois », la fête de la Chandeleur est présentée comme la « journée des crêpes » ! Sans rien retirer au côté convivial de ces coutumes populaires et traditionnelles, il vaut pourtant la peine de remonter aux origines hébraïques de cette célébration qui intervient 40 jours après la mise au monde de l’enfant. C’est ainsi que Jésus a été présenté au Temple de Jérusalem par sa mère Marie et son père adoptif Joseph, afin d‘accomplir la prescription de la loi de Moïse.

    L’évangile insiste sur diverses phases du rituel juif pour bien montrer l’insertion de Jésus dans la vie religieuse de son peuple, en d’autres termes manifester l’incarnation du Fils de Dieu. « Le Verbe s’est fait chair ».

    Par quelles étapes Jésus est-il passé ? D’abord, le huitième jour après sa naissance, Jésus fils de Marie adopté par Joseph, de lignée davidique, reçoit son nom Iehoshua (Dieu sauve). Toute la parenté et les amis réunis célèbrent dans la joie la brit mila, la circoncision de ce fils premier-né. C’est son entrée dans l’Alliance, effectuée par le rite du « rachat du premier-né », en mémoire de la sortie libératrice d’Egypte et en signe de l’appartenance au peuple de Dieu. Jésus acquiert ainsi le statut de membre du peuple appelé à vivre les Dix Paroles pour être lumière des nations.

    Deuxième étape : 31 jours après sa naissance, Jésus est porté au Temple pour sa présentation. « Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur » (Exode 13,2) C’est le « pidyon ha ben », rachat du premier-né, à l’image d’Israël, premier de cordée pour entraîner à sa suite les autres nations vers le Royaume de Dieu. Les prophètes ont au cours du temps annoncé que le message biblique de justice et de miséricorde concernerait tous les peuples. « Israël lumière des nations », c’est pourquoi dans le Temple l’enfant est présenté face à la menorah, chandelier à 7 branches veillant sur l’arche d’alliance et diffusant la lumière d’En Haut dans le sanctuaire.

    C’est d’ailleurs ce que confirment deux anciens représentatifs du peuple, lors de ce rite de consécration de Jésus présenté par ses parents : il s’agit d’un homme, Syméon, et d’une femme, Hanna. Tous deux sont ensemble les témoins âgés du cheminement d’Israël dans sa vocation de porteur de lumière, comme le chante le vieux Syméon en accueillant l’enfant : « mes yeux voient ton salut préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire de ton peuple Israël ! ».

    Mais, ajoute le visionnaire, la mission de Jésus sera confrontée à des choix contradictoires, relèvement pour les uns, chute pour les autres. Quant à Hanna, femme de prière, elle proclame aussitôt les louanges de Dieu pour la promesse qui se dessine à travers cet enfant.

    La fête de la Présentation de Jésus, appelée plus tard « chandeleur » en raison des bougies portées en procession autour du thème central de la lumière, a été très tôt célébrée en Orient puis en Occident, à des dates sans doute variables en fonction de celle de la nativité. Non seulement il a été insisté sur l’insertion de Jésus dans la vie religieuse du peuple juif, mais la présentation a été l’une des plus anciennes solennités mariales, dès le 7ème et 8ème siècle.

    Certains relativistes font aujourd’hui un rapprochement avec des fêtes païennes annonçant la montée de la lumière, espoir des paysans pour leurs plantations, d’où paraît-il, le partage de galettes de céréales rondes symbole du soleil. Mais il serait plus adéquat de rappeler à cette occasion la présence majeure des galettes de blé dans la tradition biblique : au livre de l’Exode, ch. 12, il est question de matsot ougot, des galettes rondes, qui seront plus tard utilisées dans les rites du temple et qui aboutiront logiquement par la suite au pain eucharistique.

    Espérons que les crêpes de la chandeleur, souvent trop sucrées au goût du jour, ne feront pas oublier le sel de l’évangile !

                                            Abbé Alain René Arbez