La chandeleur (31/01/2021)

LA « CHANDELEUR » fête de la Présentation de Jésus au Temple de Jérusalem

De même que la fête de l’Epiphanie se résume dans le public aux « galettes des rois », la fête de la Chandeleur est présentée comme la « journée des crêpes » ! Sans rien retirer au côté convivial de ces coutumes populaires et traditionnelles, il vaut pourtant la peine de remonter aux origines hébraïques de cette célébration qui intervient 40 jours après la mise au monde de l’enfant. C’est ainsi que Jésus a été présenté au Temple de Jérusalem par sa mère Marie et son père adoptif Joseph, afin d‘accomplir la prescription de la loi de Moïse.

L’évangile insiste sur diverses phases du rituel juif pour bien montrer l’insertion de Jésus dans la vie religieuse de son peuple, en d’autres termes manifester l’incarnation du Fils de Dieu. « Le Verbe s’est fait chair ».

Par quelles étapes Jésus est-il passé ? D’abord, le huitième jour après sa naissance, Jésus fils de Marie adopté par Joseph, de lignée davidique, reçoit son nom Iehoshua (Dieu sauve). Toute la parenté et les amis réunis célèbrent dans la joie la brit mila, la circoncision de ce fils premier-né. C’est son entrée dans l’Alliance, effectuée par le rite du « rachat du premier-né », en mémoire de la sortie libératrice d’Egypte et en signe de l’appartenance au peuple de Dieu. Jésus acquiert ainsi le statut de membre du peuple appelé à vivre les Dix Paroles pour être lumière des nations.

Deuxième étape : 31 jours après sa naissance, Jésus est porté au Temple pour sa présentation. « Tout mâle premier-né sera consacré au Seigneur » (Exode 13,2) C’est le « pidyon ha ben », rachat du premier-né, à l’image d’Israël, premier de cordée pour entraîner à sa suite les autres nations vers le Royaume de Dieu. Les prophètes ont au cours du temps annoncé que le message biblique de justice et de miséricorde concernerait tous les peuples. « Israël lumière des nations », c’est pourquoi dans le Temple l’enfant est présenté face à la menorah, chandelier à 7 branches veillant sur l’arche d’alliance et diffusant la lumière d’En Haut dans le sanctuaire.

C’est d’ailleurs ce que confirment deux anciens représentatifs du peuple, lors de ce rite de consécration de Jésus présenté par ses parents : il s’agit d’un homme, Syméon, et d’une femme, Hanna. Tous deux sont ensemble les témoins âgés du cheminement d’Israël dans sa vocation de porteur de lumière, comme le chante le vieux Syméon en accueillant l’enfant : « mes yeux voient ton salut préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire de ton peuple Israël ! ».

Mais, ajoute le visionnaire, la mission de Jésus sera confrontée à des choix contradictoires, relèvement pour les uns, chute pour les autres. Quant à Hanna, femme de prière, elle proclame aussitôt les louanges de Dieu pour la promesse qui se dessine à travers cet enfant.

La fête de la Présentation de Jésus, appelée plus tard « chandeleur » en raison des bougies portées en procession autour du thème central de la lumière, a été très tôt célébrée en Orient puis en Occident, à des dates sans doute variables en fonction de celle de la nativité. Non seulement il a été insisté sur l’insertion de Jésus dans la vie religieuse du peuple juif, mais la présentation a été l’une des plus anciennes solennités mariales, dès le 7ème et 8ème siècle.

Certains relativistes font aujourd’hui un rapprochement avec des fêtes païennes annonçant la montée de la lumière, espoir des paysans pour leurs plantations, d’où paraît-il, le partage de galettes de céréales rondes symbole du soleil. Mais il serait plus adéquat de rappeler à cette occasion la présence majeure des galettes de blé dans la tradition biblique : au livre de l’Exode, ch. 12, il est question de matsot ougot, des galettes rondes, qui seront plus tard utilisées dans les rites du temple et qui aboutiront logiquement par la suite au pain eucharistique.

Espérons que les crêpes de la chandeleur, souvent trop sucrées au goût du jour, ne feront pas oublier le sel de l’évangile !

                                        Abbé Alain René Arbez

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