DEUX PAYS ORTHODOXES SE FONT LA GUERRE

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DEUX PAYS ORTHODOXES SE FONT LA GUERRE

Nul n’ignore l’importance de la foi orthodoxe en terre slave, revenue au premier plan dans de nombreux pays depuis l’effondrement de l’URSS et du communisme en 1991.

Mais alors que le Patriarcat de Moscou restait prédominant et gardait les églises nationales sous son autorité centrale, les Eglises orthodoxes Roumaines et Serbes ont passé depuis des décennies à un statut autocéphale, suivies ensuite par l’Eglise ukrainienne. Lorsque Bartholomée, le Patriarche de Constantinople, reconnaît en 2018 l’indépendance de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, avec sa dimension d’autonomie locale, c’est au grand dam de Kirill, le Patriarche de toutes les Russies qui la déclare « non canonique ».

On trouve ainsi en Ukraine deux Eglises orthodoxes concurrentes sur le terrain, ce qui suscite des tensions et des rivalités intenses dans la coexistence sociale et jusque dans les familles, y compris en ce qui concerne l’appartenance des biens ecclésiastiques comme les monastères et les sanctuaires.

Historiquement, c’est le prince de la Rus de Kiev qui fut baptisé en 988 grâce à l’action déterminante des missionnaires grecs Cyrille et Méthode. Ce fut l’acte de naissance de la culture slave orthodoxe. Mais en 1054, les chrétiens orthodoxes se séparèrent de l’Eglise de Rome.

Aujourd’hui, trois Eglises orthodoxes revendiquent une légitimité en Ukraine : l’Eglise liée au patriarcat de Moscou, l’Eglise ukrainienne indépendante, et l’Eglise uniate rattachée à Rome. Depuis 1992, sous la houlette du Patriarche Philarète, l’Eglise autonome a organisé plus de 5000 paroisses appuyées par le gouvernement de Kiev soit une part importante de la population. Face à ce basculement, le patriarche Kliment, hiérarque de l’Eglise dépendant de Moscou, y a vu un péril majeur et déplorant la division en cours, il a dénoncé la politisation du culte orthodoxe originel. Il y a ainsi aujourd’hui environ une majorité d’Ukrainiens qui restent fidèles à l’Eglise russe et un nombre grandissant qui s’orientent vers l’Eglise autonome. La minorité des autres pratiquent dans l’Eglise uniate catholique.

La guerre du Donbass a depuis 2013 enflammé les esprits et les divisions se sont exacerbées. Plus de 10000 morts victimes des attaques de Kiev ont profondément endeuillé les familles de l’est séparatiste de l’Ukraine et compliqué les relations intra-orthodoxes. L’invasion des troupes russes révèle le paradoxe de l’orthodoxie en Ukraine, un cas unique en son genre. Le Patriarcat de Moscou n’a pas hésité à encourager les groupes d’autodéfense autour de ses sanctuaires, tandis que des groupes nationalistes faisaient pression pour prendre possession de lieux de culte dépendant de Moscou.

La situation actuelle extrêmement troublée manifeste donc tragiquement, en plus des confrontations militaires, un affrontement interne de légitimité entre Eglises se réclamant de la même orthodoxie.

Cette division fratricide liée aux paramètres politiques aggrave encore davantage le choc militaire entre la Russie orthodoxe et l’Ukraine orthodoxe. Sans oublier – avec cette guerre d’Ukraine en partie liée aux inerties des Occidentaux depuis 20 ans – la fracture tragiquement manifestée au sein du camp chrétien, de l’Atlantique à l’Oural, alors que se profilent les menaces islamistes.

 

Abbé Alain René Arbez

Commentaires

  • Triste pour ces pays ! Chrétiens ? C'est relatif et plutôt de tradition chrétienne ! Cette guerre est complexe et date depuis au moins 8 années. Les gouvernements sont très opposés. La Russie traditionnelle plutôt et l'Ukraine progressiste géré par un acteur de cinéma qui rêve ! . Mais le pire est la langue : Le président ukrainien a voulut interdire de parler le Russe ! Erreur fondamentale !

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