Ce que je crois - Page 3

  • QUELQUES FONDEMENTS BIBLIQUES DU SACREMENT DE RECONCILIATION

    Imprimer

    QUELQUES FONDEMENTS BIBLIQUES DU SACREMENT DE RECONCILIATION

    On peut lire en Jean 20, 22-23 :
    « Après ces paroles, Jésus envoya son souffle sur eux et il leur dit : recevez l’Esprit Saint ! Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ! »

    Dans l’époque de relativisme sceptique qui est la nôtre aujourd’hui, beaucoup de chrétiens croient que le sacrement de réconciliation est une invention tardive dans l’Eglise catholique et que, par manque de fondements bibliques de cette pratique, il est préférable de confesser directement ses fautes à Dieu.

    Or une recherche dans le 1er testament et une simple analyse historique de l’Eglise primitive apportent un tout autre éclairage. Isaïe, 1,18 : « venez et dialoguons dit le Seigneur, si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme neige ! ».

    Dans la tradition hébraïque, Dieu est considéré comme « lent à la colère et plein d’amour » (Psaume 144). Avant l’époque de Jésus, un croyant commettant une faute ne peut pas se contenter de l’avouer seul devant Dieu. En effet, la sincérité individuelle n’est pas une garantie de vérité. Etre « juste », c’est ajuster son comportement aux vues de Dieu et en harmonie avec sa Parole. Un pécheur doit de ce fait passer par le ministère des prêtres.

    Lévitique 5,1-10 : « Lorsque quelqu’un se rendra coupable d’une faute, il devra confesser son péché. Il offrira à l’Eternel une réparation du péché commis : une brebis ou une chèvre comme victime expiatoire. Il les apportera au prêtre qui fera le sacrifice. C’est ainsi que le prêtre fera pour cet homme une expiation du péché commis et ainsi le pardon lui sera accordé ».

    Il y a d’autres passages qui soulignent la médiation par le prêtre : Lévitique 19,21-22 « L’homme amènera un bélier à l’entrée de la tente de la rencontre, en sacrifice pour reconnaître sa faute. Le prêtre fera pour lui l’expiation devant l’Eternel, et le péché qui avait été commis sera pardonné ».

    Certains péchés étaient considérés comme rendant l’homme impur selon la loi de Dieu. On faisait appel au prêtre pour redevenir pur. C’est aussi le cas dans l’évangile dans Luc 5,13-14 : « Jésus tendit la main, le toucha et dit : je le veux, sois pur ! Aussitôt, la lèpre le quitta. Il dit : Va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce qui est prescrit par Moïse ».

    La lèpre n’est pas seulement une terrible maladie, elle est aussi le symbole du mal qui défigure l’être humain. Jésus guérit par sa parole et son attitude de compassion pour les souffrants.

    Aaron, frère de Moïse, est le premier des prêtres au service du peuple. « Nombres 3,10 : « C’est Aaron et ses fils que tu établiras responsables de leur ministère de prêtres ». Nombres 3.3 précise que les mains des prêtres sont consacrées. Au livre du Deutéronome 17,9 et 24,8, il est recommandé au peuple de suivre les instructions des prêtres.

    Reconnaître sa faute est une nécessité pour se rapprocher de Dieu. Nombres 5,6-7 : « Lorsqu’un homme ou une femme péchera contre son prochain en commettant une infidélité envers l’Eternel, il devra confesser son péché ».

    Le ministère du prêtre intervient pour rétablir le lien entre le peuple et Dieu :
    Nombres 15, 22 : « Lorsque vous pécherez en ne respectant pas tous les commandements que l’Eternel a fait connaître à Moïse, toute l’assemblée offrira un sacrifice. Le prêtre fera l’expiation pour toute l’assemblée des fils d’Israël et le pardon leur sera accordé ».

    Dans les actes liturgiques, il est précisé que les prêtres portent des ornements particuliers. Exode 28, 1-3 : « Fais approcher ton frère Aaron et ses fils, afin qu’ils me servent en tant que prêtres. Tu feras à ton frère Aaron des vêtements sacrés. Il les portera lorsqu’il sera consacré et qu’il remplira la fonction de prêtre pour moi »

    La tradition biblique indique que Dieu a voulu réconcilier les hommes avec lui, et il les purifie par le ministère des prêtres. On comprend mieux pourquoi Jésus, juif pratiquant tient à préciser : « Ne croyez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes. Je suis venu non pour abolir mais pour accomplir » Matthieu 5, 17.

    Dans le livre du Deutéronome 34,9, on voit que l’autorité spirituelle est transmise par l’imposition des mains. Moïse impose les mains à Josué qui va continuer sa mission. Les prêtres chrétiens comme les rabbins reçoivent également leur consécration à un ministère par la semikha, imposition des mains correspondant à un envoi au nom de l’Esprit. On le retrouve dans le nouveau Testament, par exemple 2 Timothée 1,6.

    La continuité des gestes et des actes liturgiques est évidente. Jésus a voulu transmettre à ses apôtres le pouvoir de purifier et de réconcilier. Matthieu 9,6-8 : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés, lève-toi ! dit-il au paralysé. Quand la foule vit cela, elle fut émerveillée et célébra la gloire de Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes ». Ceux qui se reconnaissent en état de péché et veulent en sortir sont les bienvenus auprès de Jésus. Ses adversaires en font la remarque : « Il fait bon accueil aux pécheurs ! » (Luc 15,1).

    L’apôtre Paul parle en ces termes de la réconciliation indispensable dans la vie de la communauté. 2 Corinthiens 5,18 : « Tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui par Jésus le Christ, et qui nous donne le ministère de la réconciliation… Nous sommes ainsi des ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu adressait son appel à travers nous ! Nous supplions au nom de Christ : soyez réconciliés avec Dieu ! ».

    De manière plus précise, les Actes des Apôtres (19,17) présentent des membres de communautés venant confesser leur péché : « Cela fut connu de tous les habitants d’Ephèse, juifs et non-juifs. La crainte s’empara de tous et on célébrait la grandeur du nom de Jésus. Beaucoup de croyants venaient reconnaître publiquement ce qu’ils avaient fait ».

    Matthieu 18, 18 rappelle que Jésus a donné à ses collaborateurs institués le pouvoir de lier et délier : « Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre aura été lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre aura été délié au ciel ! ».

    Du point de vue catholique, les apôtres ont transmis la mission apostolique à des anciens (presbytres) qui deviendront pour l’Eglise ce qu’on appelle évêques et prêtres. Nous lisons dans la première épître de Jean 1,9 : « A condition que nous reconnaissions nos péchés, Dieu est fidèle et juste pour nous les pardonner et nous purifier de tout mal ».

    Dès les premiers temps de l’Eglise, la confession des péchés s’est réalisée sous trois formes : publiquement en assemblée, dans une petite communauté, ou en privé. Origène, du temps de l’Eglise indivise, déclare dans son commentaire sur saint Luc :

    « Si nous faisons connaître nos péchés, non seulement au Seigneur mais aussi à ceux qui peuvent guérir nos fautes et nos blessures, nos péchés seront par lui effacés ! »

    Cyprien de Carthage (De Lapsis) ajoute : « Combien plus grandes doivent être la foi et la crainte salutaire de ceux qui confessent leurs péchés aux prêtres de Dieu d’une manière directe et douloureuse, ouvrant clairement leur conscience…La satisfaction et la rémission accordées à travers les prêtres sont toujours agréables au Seigneur. »

    Basile le Grand (Règles brèves) : « Il est nécessaire de confesser nos péchés à ceux à qui fut confiée la communication des mystères de Dieu ».

    St Jérôme (Commentaires sur Qohelet) : « Si le serpent, le diable, mord quelqu’un secrètement, il infecte cette personne avec le venin du pécheur. Si la personne mordue garde le silence et ne fait pas conversion en ne voulant pas confesser sa blessure, alors son frère qui détient la parole de guérison ne parviendra pas à lui porter secours ».

    La bénédiction d’Aaron, premier grand prêtre, garde toute son actualité 
    Nb6,22 :

    « Que l’Eternel vous bénisse et vous garde !

    Que l’Eternel fasse briller sur vous son visage et qu’il vous accorde sa grâce !
    Que l’Eternel se tourne vers vous et vous donne la paix ! »

     

     

    Abbé Alain René Arbez

  • ST VALENTIN DEVIENT ST CUPIDON

    Imprimer

    Valentin était un évêque romain. Il fut décapité sur ordre de l’empereur Claude en 268. Il avait osé transgresser les décisions impériales en célébrant un mariage chrétien entre Serapia et Sabin. A l’époque se déroulait chaque printemps la fête des Lupercales, donnant l’occasion à de jeunes hommes et à de jeunes femmes de déposer leurs noms dans des urnes pour pouvoir ensuite tirer au sort les partenaires d’un jour. Ces festivités orgiaques étaient organisées sous le patronage de la déesse Junon et du dieu Pan, et les prêtres de Lupercus organisaient des fêtes délirantes.  Face à ces solennités païennes et leurs débordements, des chrétiens voulurent mettre en valeur un amour véritable entre un homme et une femme. Ils étaient à l’évidence à contre-courant de l’opinion majoritaire ! Ce n’étaient pas des rabat-joie, mais des êtres convaincus que l’amour vraiment respectueux des personnes serait fondé sur un engagement mutuel, selon les valeurs éthiques de la parole de Dieu.

    D’après la chronique, Serapia et Sabin ont fait appel à Valentin pour qu’il bénisse leur union basée sur un amour sincère et définitif. Comme pour d’autres mariages semblables célébrés par l’évêque Valentin en infraction des décrets de l’empereur, ces démarches furent réprimées par le martyre. Il faut préciser qu’une des raisons d’interdiction du mariage – outre la licence des mœurs - était qu’un soldat marié avait beaucoup moins de motivation pour partir faire la guerre.

    Mais comment en est-on arrivé à confondre le témoignage courageux de Valentin avec un Cupidon capricieux décochant ses flèches pour des partenariats sans lendemains ?

    On entend souvent l’argument selon lequel l’Eglise aurait été assez habile, dans les premiers siècles,  pour évangéliser des rites païens. Or, si l’on observe bien le cours des choses, c’est exactement l’inverse qui s’est produit : la Saint Valentin, initialement dédiée à une union loyale et durable, est devenue la fête des amoureux pour partenaires provisoires. Au contraire des idées reçues, la société a donc paganisé et popularisé une fête aux motivations spirituelles en occultant les dimensions éthiques qui l’accompagnaient.

    C’est au XIV° siècle que la Grande Bretagne a popularisé la St Valentin pour les amoureux. Mais le promoteur de la célébration était un Vaudois établi outre-Manche, le capitaine Othon de Grandson, qui dans ses poèmes mettait en valeur les serments d’avenir que se font les véritables âmes sœurs (« Le souhait de Saint Valentin »). William Shakespeare fait mention de la St Valentin dans Hamlet : il compare poétiquement les amoureux qui échangent de doux messages avec les oiseaux qui commencent leurs approches nuptiales.

    C’est cette mise en valeur de l’amour d’un couple qui aurait préparé ce qui a donné naissance au rituel médiatique d’aujourd’hui.

    Mais il est tout de même étonnant de voir St Valentin - qui a donné sa vie pour avoir consacré des mariages - devenir à notre époque un logo publicitaire de rencontres frivoles sous l’égide de Cupidon.

     

    Abbé Alain René Arbez

  • NE PAS DESESPERER DE LA RAISON HUMAINE

    Imprimer

                               NE PAS DESESPERER DE LA RAISON HUMAINE !

    Il existe un courant du christianisme qui méprise la raison humaine. Or, une foi aveugle n’est pas un chemin vers la Vérité. Si nous prenons vraiment en compte la démarche biblique, nous constatons que l’accès à la présence de Dieu en ce monde est d’abord une connaissance par la raison. L’être humain est « capax Dei », car Dieu lui est accessible, simplement en admirant la création et ses merveilles.

    Dans la tradition hébraïque, Dieu est d’abord connu par sa création, puis cette connaissance s’affine lorsqu’est révélé que le Dieu créateur est aussi un Dieu sauveur. En s’émerveillant devant la symphonie de la création, l’être humain réfléchit et désire accéder au chef d’orchestre de cette œuvre grandiose. Le terme hébreu est « iada », connaître. Il y a donc une connaissance qui précède la croyance.

    L’apôtre Paul dans l’épître aux Romains va jusqu’à dire que l’existence de Dieu est perceptible à partir de la création, et les peuples païens eux-mêmes peuvent en avoir une relative perception. Cette vision a été celle de docteurs de la foi comme Thomas d’Aquin, Albert le Grand, Bonaventure, Duns Scot et d’autres. Le concile Vatican I réaffirme en 1870 que l’existence de Dieu est accessible à la raison humaine qui cherche à décrypter le mystère de l’univers.

    Dans la ligne des affirmations de Martin Luther, certains estiment que la foi est totalement dissociée de l’intelligence humaine. « Sola Fides ! ». Le littéralisme biblique s’inspire de cette manière de voir, et tout texte inspiré est reçu sans possibilité de recul critique.

    Croire est alors conçu comme un don de Dieu vertical auquel l’être humain ne coopère pas. Or la foi n’est pas une attitude passive, elle est aussi un acte de l’intelligence, qui nous a été confiée par Dieu avec le libre arbitre. La pensée rationnelle doit jouer un rôle actif dans la démarche de la foi. La raison a toute sa place dans l’approfondissement de la foi, c’est ce qui garantit la protection du libre arbitre, la protection de la dignité de l’existence biologique, physique, corporelle, face à ceux qui la dévalorisent sur des aprioris erronés : les gnostiques, les manichéens, les cathares, et autres courants hostiles à l’incarnation. Précisément, l’islam s’est fossilisé lorsque contre les Mutazilites il a refusé la présence de la raison dans la démarche de sa foi. Ce qui a justifié le fanatisme obscurantiste du jihad.

    Il faut tout de même rappeler que cette posture où la foi et la raison sont interactives n’est pas une déviance ou une lubie prétentieuse des temps modernes. Elle remonte à l’attitude basique du croyant dans la tradition biblique originelle.

    La relation à Dieu dans le Premier Testament est souvent présentée comme un questionnement qui implique la réflexion de l’homme. Le premier dialogue entre Dieu et l’homme apparaît dans la Genèse sous la forme « Adam, où es-tu ? » question existentielle et non géographique. Dans l’Exode, Moïse se pose des questions en voyant le buisson ardent, et Dieu se révèle à lui parce qu’il s’est interrogé face à un feu qui ne détruit pas. Au désert, le peuple nourri par la manne venant du ciel s’est demandé « Man hou ? Qu’est-ce que c’est ? ».

    Lorsque l’on commémore la sortie d’Egypte avec la haggada, le rituel prévoit une série de questions sur le sens de l’événement. Questionner signifie exercer sa liberté par le raisonnement. S’interroger sur Dieu et sur sa présence aux côtés de l’homme revient à comprendre qu’il est à la fois le Tout Autre et le Tout proche.

    « Fides quaerens intellectum », la foi recherche l’intelligence des réalités. Elle ne peut se développer en répudiant la raison. Ce nécessaire dialogue entre foi et raison a été mis en lumière par le pape Jean Paul II et surtout par son successeur Benoît XVI. Lors de son intervention à l’université de Ratisbonne le grand théologien a démontré que la foi sans la raison conduit à des aberrations, prenant en exemple le cas de l’islam qui justifie d’avance tout ce qu’Allah est censé exiger de ses adeptes sans intervention de la raison humaine. Certes la foi est un don d’En-Haut, une grâce, mais l’être humain, le récepteur, bénéficie de sa raison pour approfondir cette voix intérieure et développer, à partir de la Parole de Dieu, la compréhension de soi-même, du monde et des autres. Jésus lui-même pose une question : « qui sont ma mère, mes frères, mes sœurs ? Ceux qui sont à l’écoute de la Parole de Dieu »

    Dieu continue de parler aux êtres humains par sa création, aux croyants par sa Parole. Si l’émetteur est fidèle, les récepteurs sont souvent parasités par des ondes malsaines dans un tohu bohu idéologique et médiatique éprouvant. Ce n’est pas pour autant qu’il faille désespérer de la raison humaine, que la grâce divine du Créateur-Sauveur n’abandonnera jamais.

                                               Abbé Alain René Arbez