Ce que je crois - Page 4

  • Jésus enfant d'Israël

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                                         JESUS ENFANT D’ISRAEL…

    Au début du 2ème siècle de notre ère, un certain Marcion avait décidé que les Ecrits du Premier testament n’avaient plus rien à faire dans la vie des chrétiens. Pour cet hérésiarque amnésique et antisémite, tout commençait de zéro avec Jésus Christ et il mettait la Bible hébraïque aux oubliettes. La réaction de l’Eglise catholique fut immédiate et radicale : Marcion fut excommunié et sa communauté, pourtant importante au départ, disparut peu à peu. Mais l’esprit marcionite continua de travailler les consciences croyantes au cours des siècles et aujourd’hui encore, certains esprits, non sans illogisme, s’évertuent toujours à affirmer que le judaïsme n’a rien à faire dans les questions de la foi des chrétiens.

    Or, sans même évoquer le courant philosémite minoritaire mais toujours présent dans l’Eglise au cours du temps, malgré l’éloignement majoritaire, l’après-guerre a vu apparaître des initiatives telles que la rencontre de Seelisberg, où protestants, catholiques et juifs firent le point sur les errances idéologiques ayant conduit à la Shoah. Le christianisme retrouvait sa matrice originelle et ouvrait de nouveaux horizons de compréhension de la foi. Ainsi, après de trop longues périodes d’antijudaïsme et de déviances doctrinales, un nouvel avenir des relations judéo-chrétiennes se dessinait sur les bases retrouvées d’un héritage spirituel commun. L’action de Jules Isaac auprès de Jean XXIII préparait les travaux du Concile Vatican II avec la promulgation de Nostra Aetate, suivie par des déclarations analogues de la part des Eglises réformées.

    Côté catholique, de nombreux textes officiels abordant les relations judéo-chrétiennes furent publiés durant les 28 années de pontificat du pape Jean Paul II. Ainsi en 1985, le document romain « Pour une présentation correcte des Juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse » apportait des éclairages déterminants sur le sujet. Le St Siège estimait que les prêtres et les catéchistes ne mettaient pas suffisamment en valeur la judéité de Jésus et la fraternité en alliance des chrétiens avec les juifs.

    C’est pourquoi le document affirme avec force : « Les juifs et le judaïsme doivent occuper une place centrale et non marginale ou occasionnelle dans la catéchèse et la prédication ».

    La question qui se pose est de savoir dans quelles proportions ce rappel explicite a été pris au sérieux dans les paroisses. En a-t-on tenu compte dans la formation des prêtres au séminaire ?

    Ce fut une ligne de pensée qui allait faire son chemin puisque en 2001, la commission biblique pontificale publiait sous la signature du cardinal Joseph Ratzinger « Le peuple juif et les saintes Ecritures dans la Bible chrétienne ». Texte où il est entre autres recommandé aux catholiques d’entrer dans la démarche de compréhension juive des textes du Premier Testament afin d’enrichir leur rapport à la Parole de Dieu.

    Quoi qu’il en soit, le document catholique le plus insistant et le plus clair sur les mentalités laissant subsister le marcionisme se trouve dans le rapport du Colloque sur l’antijudaïsme en milieu chrétien organisé à Rome en 1997 à la demande du pape Jean Paul II. Le Père Cottier en fut l’artisan. Il vaut la peine d’en citer quelques extraits :

    « Cela concerne l’interprétation théologique correcte des rapports de l’Eglise du Christ avec le peuple juif dont la déclaration conciliaire Nostra Aetate a posé les bases.

    Des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif ont trop souvent circulé, engendrant des sentiments d’hostilité à l’égard de ce peuple. Ils ont contribué à assoupir bien des consciences, de sorte que, quand a déferlé sur l’Europe la vague des persécutions inspirées par un antisémitisme païen qui, dans son essence, était également un antichristianisme, à côté de chrétiens qui ont tout fait pour sauver les persécutés jusqu’au péril de leur vie, la résistance spirituelle de beaucoup n’a pas été celle que l’humanité était en droit d’attendre de la part de disciples du Christ. …/…

    A l’origine de ce petit peuple situé entre de grands empires de religion païenne qui l’emportent sur lui par l’éclat de leur culture, il y a le fait de l’élection divine. Ce peuple est convoqué et conduit par Dieu, créateur du ciel et de la terre. Son existence n’est donc pas un pur fait de nature nid de culture, au sens où par la culture l’homme déploie les ressources de sa propre nature. Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère envers et contre tous du fait qu’il est le peuple de l’alliance et que, malgré les infidélités humaines, le Seigneur est fidèle à son Alliance. Ignorer cette donnée première, c’est s’engager sur la voie d’un marcionisme contre lequel l’Eglise avait réagi aussitôt avec vigueur, dans la conscience de son lien vital avec l’Ancien Testament, sans lequel le Nouveau Testament lui-même est vidé de son sens. Les Ecritures sont inséparables du peuple et de son histoire, laquelle conduit au Christ. …/…

    Ceux qui considèrent le fait que Jésus fut juif et que son milieu était le monde juif comme de simples faits culturels contingents, auxquels il serait possible de substituer une autre tradition religieuse dont la personne du Seigneur pourrait être détachée sans qu’elle perde son identité, non seulement méconnaissent le sens de l’histoire du salut, mais plus radicalement s’en prennent à la vérité elle-même de l’incarnation ».

    A cela on pourrait ajouter la phrase célèbre de Jean Paul II : « Qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme ».

    Ces réflexions devraient permettre à ceux qui restent plus ou moins tributaires d’anciennes perceptions liées à une théologie de la substitution de ne pas passer à côté de la réalité historique et théologique. Car comme M. Jourdain qui faisait de la prose, sans le savoir, on peut être marcionite et avoir une vision quelque peu tronquée de la Révélation.

     

                                 Abbé Alain René Arbez

  • Drôle d'horoscope 2020 !

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    Si vous êtes né(e) entre un 1er janvier et un 31 décembre, vous avez une chance inouïe ! Vous recelez en vous d’innombrables qualités et capacités qui ne demanderont qu’à s’exprimer davantage. En 2020, laissez-les embellir votre personnalité : ne vous démobilisez pas, il faut toute une vie pour se réaliser ! Faites-en profiter les autres en osant affirmer vos convictions…

    Quelqu’Un d’invisible vous connaît mieux que vous-même et a confiance en vous ! Ne vous laissez pas influencer par les galaxies douteuses qui tournent autour de vous et cherchent à vous attirer dans leur orbite fatale et leurs trous noirs.

    Sous le regard de Celui qui vous a donné la vie transmise par vos parents, le jour de votre naissance a été bénédiction, mais toutes les journées qui s’annoncent mois après mois en 2020 pourront encore l’être pour vous et les vôtres, à condition que vous y investissiez de vous-même...Si vous ouvrez les yeux, vous verrez ce que vous verrez ! Si vous tendez l’oreille, vous entendrez ce que vous entendrez. Si vous leur préparez vous-même le terrain, d’heureuses surprises surviendront pour ensoleiller votre existence. Cette année vous sera particulièrement bénéfique si vous suivez votre bonne étoile, l’astre de Jacob, qui s’est levée sur Israel il y a 2000 ans et qui illumine toujours le monde de sa clarté d’avenir. Sur les traces de l’enfant divin né à Bethlehem de Judée, vous est offert un chemin d’humanité dessiné dans le ciel par l’étoile de David : sur cette voie inégalable vous connaîtrez la paix du cœur, la compassion envers autrui, et la joie dans la sérénité.

    Parmi vos ascendants spirituels, Abraham, Moïse et Elie porteront sur vous jour après jour un regard de bienveillance qui vous communiquera courage et désir de devenir ce que vous êtes réellement, à contre-courant s’il le faut. La conjonction du ciel et de la terre vous permettra de mettre un peu d’infini dans les réalités les plus ordinaires de votre parcours quotidien. Cette année 2020 sera donc comme une nouvelle porte de lumière qui s’ouvre dans votre cœur, ne la refermez surtout pas avant d’avoir entrevu l’horizon prometteur éclairé d’En-Haut et qui – jour après jour - se laissera découvrir tout au fond de vous.      

                                                   Abbé Alain René Arbez

  • NOËL !

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    NOEL!

            

    Nous célébrons Noël le 25 décembre…Cette date conventionnelle correspond au solstice, un symbole qui est un pari spirituel sur l’avenir: celui de la lumière montante, surtout celle de la Parole de Dieu qui va de plus en plus éclairer la vie des hommes dans le monde entier, pour autant qu’ils accueillent librement cette lumière…

             La Nativité est certainement la fête chrétienne la plus populaire, la plus attachante, et d’ailleurs, le nombre de traditions qui se sont multipliées au cours des siècles témoignent de son impact populaire, au nord, comme au sud.

    Certes, nous savons que la fête de Pâques est la plus importante dans l’année liturgique, mais sans l'évangile de Noël, l’incarnation n’aurait pu aller à son terme qui a abouti à la mort-résurrection du Christ. Ainsi nous est dite l’espérance des croyants ; et c’est une bonne nouvelle pour aujourd'hui, qui accomplit ce que déjà Isaïe annonçait à tous les découragés : un fils nous est donné, un enfant nous est né, promesse d'avenir et de salut pour ceux qui attendent un monde renouvelé. 

    L’actualité nous le rappelle, nous vivons dans un univers tourmenté et difficile. Bien souvent, les souffrances apparaissent plus pesantes que les joies, et dans tellement de situations humaines, on a cette impression que les ténèbres l'emportent sur la lumière…Le mal s’affiche et le bien se fait discret.

    Le vrai message de Noël, ne l’oublions pas, c’est que la gloire de Dieu a voulu être définitivement liée au bonheur des hommes sur cette terre et dans le monde à venir. St Irénée de Lyon a dit : « qu’est-ce que la gloire de Dieu ? la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ! » Noël témoigne ainsi de la confiance que Dieu a exprimée en notre humanité : en s’incarnant, il accepte de se vouer corps et âme au destin des hommes. Malgré les résistances, cet amour de Dieu manifesté en Jésus s’est confronté à notre humanité fragile et blessée par le mal. Voilà pourquoi l’évangile de Noël ne reste pas extérieur à nos situations humaines. Noël n'est pas un conte de fin d’année pour attendrir les enfants : célébrer Noël, c'est accueillir la confiance que Dieu a mise en nous malgré toutes nos limites. La fête de la Nativité annonce et réactive chaque année un processus de recréation du monde déjà commencée.

    La réalité concrète de la naissance de celui que les prophètes appelaient l’Emmanuel, Dieu avec nous, est bien loin des images pieuses et des lueurs artificielles qui entourent les festivités de fin d’année. L'enfant né à Bethléhem de Judée, pays des Juifs, est né il y a 2000 ans dans le dénuement total. La tradition nous le montre entouré d’animaux, pour nous faire comprendre qu’avec lui, la création repart sur de nouvelles bases. Le Dieu éternel et invisible s’est incarné en cet enfant juif pour nous faire comprendre qu'il n'est pas une divinité lointaine mais qu’il rejoint notre condition temporelle ici-bas pour nous parler « de l'intérieur » de notre humanité.

             A l'heure des grandes stratégies économiques et politiques dans le monde, il est réconfortant de réentendre la vérité profonde du message de Noël, une promesse de paix authentique. Puisque nous vivons à l'heure d’internet et des communications intercontinentales, nous pouvons aussi nous demander, pour une fois, comment les non-chrétiens perçoivent notre célébration de Noël : regardons brièvement ce que disent de Noël les juifs, les hindouistes, les bouddhistes, les musulmans et les sans-religion.

             Pour les juifs : il faut d'abord comprendre qu’il s’est produit une séparation à partir du 1er siècle entre des communautés issues du même tronc hébraïque, et l’Eglise s’est peu à peu détachée de la synagogue. Par la suite, durant des siècles, les fils d'Israël ont subi de terribles violences de la part des chrétiens. Dans ce contexte hostile, les juifs ont perçu la personne de Jésus comme la source de leurs malheurs. Cependant, depuis Vatican II et les changements doctrinaux survenus dans les Eglises chrétiennes à l'égard du judaïsme, de plus en plus d'intellectuels juifs se sont mis à lire les évangiles rédigés dans des termes familiers. Un certain nombre d’entre eux a reconnu en Jésus un éminent rabbi porteur de la tradition biblique et pour eux, Noël est la célébration d'une grande figure du peuple de l’alliance.

    Les hindous, croient que le divin se manifeste en de multiples personnages de qualité transcendante. Jésus représente donc pour eux un « avatar », une manifestation du divin particulièrement expressive: c'est un yogi, c'est à dire un sage qui a réalisé son unification en accomplissant la voie de la compassion et de la dévotion. Noël est pour eux une fête célébrant un visage respectable du divin parmi d'autres grandes figures sacrées.

             Les bouddhistes ne croient pas en un Dieu créateur et personnel et pour eux, le salut final de chacun à la fin des réincarnations consiste à être comme une goutte d’eau qui disparaît dans l’océan infini du nirvana. Mais ils voient dans l'enseignement de Jésus des convergences étonnantes avec la sagesse de Bouddha: en particulier dans le détachement, l'accueil de l'autre, la non violence et la compassion. Noël est pour eux l'occasion de reconnaître un grand maître de sagesse qui incite à l'éveil des consciences.

             Les musulmans célèbrent la fête du mouloud comme mémoire de la naissance de leur prophète Mahomet. Le Coran, qui pour nous n'est pas une Ecriture inspirée, évoque de très loin Jésus à travers un personnage dénommé Issa et sa mère Myriam. Mais ce Jésus-là n’est pas celui de l’évangile, c’est un prophète musulman, qui ne correspond en rien à la Parole de Dieu faite chair des chrétiens. Car pour l'islam, Jésus n'est jamais mort sur une croix, et surtout il n'est pas Fils de Dieu. Il ne peut donc pas y avoir de regard musulman positif sur le Noël des chrétiens, puisque le Coran se veut le remplacement des Ecritures juives et chrétiennes qui l'ont précédé.

             Ces regards différents sur la Nativité nous invitent à ne pas perdre de vue le fait que nous vivons dans un monde aux multiples religions et aux cultures diverses. Cependant, l'espérance pacifique de Noël ne doit pas nous faire banaliser les différences de convictions, au contraire, nous devrions être conscients que, chrétiens présents dans nos sociétés, nous sommes minoritaires. Ce qui devrait nous stimuler à approfondir et fortifier notre foi, pour en témoigner sereinement et sans tiédeur autour de nous.     

             En contemplant la crèche de Bethléhem, rappelons-nous que pour nous approcher de Jésus, il nous faut côtoyer les humbles bergers, ces membres du peuple d'Israël qui ont entendu les premiers la bonne nouvelle dans la nuit. Il nous faut aussi croiser les mages, ces personnages venus de loin, et qui ont tenu à s'incliner devant cette royauté unique si différente des autres. Le règne de Dieu est celui de la justice, de la paix, et de la vérité.

             C'est peut-être cette attitude qui nous est proposée en ce jour de Noël: être d'une part plus proches de la tradition des bergers d’Israël, et être d'autre part capables de côtoyer avec bienveillance et discernement des personnes aux conceptions très différentes des nôtres. Notre époque est marquée par le relativisme et l’illusion que toutes les religions se valent.

    Face à ces défis, cherchons à mieux approfondir notre foi enracinée dans la tradition biblique pour vivre en cohérence avec nos convictions et témoigner du Christ aujourd’hui. Ainsi notre vie pourra elle aussi exprimer le chant angélique de la nuit de Noël : gloire à Dieu et paix sur terre!

            

             Abbé Alain René Arbez